Capitale Dublin
Langue Anglais/Irlandais
Alphabet Latin
Monnaie Euro
Fuseau horaire UTC+0/+1
Régime politique République parlementaire
Religion Christianisme catholique
Transports Trains, cars, voiture
Capitale Londres
Langue Anglais
Alphabet Latin
Monnaie Livre sterling
Fuseau horaire UTC+0/+1
Régime politique République parlementaire
Religion Athéisme / Christianisme protestant
Transports Trains, cars, voiture

Ce matin-là, sous un ciel pluvieux, la Lecky Road de Derry était calme. Le quartier du Bogside, pourtant, s’était toujours refusé au silence.
Les murs du Bogside


A l’angle de Rossville Street, une immense fresque peinte sur la façade à trois niveaux d’une maison représentait une écolière irlandaise. Annette McGavigan mesurait quelques mètres de plus que nous et nous fixait. En 1971, elle avait été tuée d’une balle dans la tête par la police britannique.
Nous oubliions la pluie.

Plus loin, sur Westland Street, une autre fresque représentait les visages des victimes du fameux dimanche 30 janvier 1972. Dans cet arrière-plan rose et ces plumes, il y avait de l’innocence.
Le Bloody Sunday.
Ce jour-là, la police britannique avait tué 14 civil.e.s lors d’un rassemblement pacifique pour les droits civiques des catholiques irlandais.
Dans les rues, il y avait les héros ordinaires du Bogside.
Un héritage institutionnel

En 1920, la République d’Irlande obtenait son indépendante. Les nouvelles frontières mettaient fin à plusieurs siècles de tensions entre les catholiques Irlandais et un Royaume-Uni protestant.
Au nord, six comtés à majorité protestante formeraient l’Irlande du Nord, au Royaume-Uni. Par ce découpage administratif, Derry continuait à dépendre de la Couronne malgré une population à 70% catholiques.
Entre le 16e siècle et le 19e siècle, un ensemble de lois avaient en effet limité l’accès à la propriété, au logement et à l’emploi aux catholiques d’Irlande. Au 20e siècle à Derry, le droit de vote était accordé aux propriétaires ou locataires de logements sociaux. L’attribution de ces derniers et l’entretien des logements étaient réalisé de manière à garantir un découpage électoral favorable à l’élection d’élus protestants.

Au 20e siècle, le Bogside était un quartier ouvrier qui concentrait des foyers principalement catholiques. Il était en quelque sorte l’héritier de siècles de discriminations structurelles. Cette position expliquait pourquoi le Bogside avait été l’épicentre des soulèvements irlandais.
Entre 1967 et 2007 en Irlande du Nord, des organisations pacifiques et paramilitaires réclamaient la fin des politiques discriminatoires envers les catholiques. Les revendications se mêlaient à des volontés nationalistes et indépendantistes. Elles s’opposaient aux troupes paramilitaires unionistes et à la police britannique, partisanes du Royaume-Uni. La période était aujourd’hui appelée « the Troubles« .
Un contexte de luttes sociales

Sur notre chemin, nous croisions Nelson Mandela et Bobby Sands, activiste et membre du parlement. La fresque resituait l’histoire du Bogside dans un contexte international de lutte pour les droits civiques.

« One man one vote. »
A partir des années 1960, la formule était utilisée autour du monde, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud et dans les pays colonisés pour mettre fin aux discriminations raciales. A Derry, les militant.e.s réclamaient un droit de vote dissocié de l’accès à la propriété.

Au Musée de Free Derry, le travail mémoriel s’attachait lui aussi à resituer l’histoire du Bogside dans un contexte plus large d’anti-impérialisme et d’anti-colonialisme. L’exposition rendait leur dignité aux manifestant.e.s et s’attachait également à expliquer les racines de leur colère. Elle prenait toujours aujourd’hui le contrepied des intentions séparatistes ou terroristes qui leur avait été prêtées après le Bloody Sunday.
Un symbole mondial




« Drop the rents. »
« This is a war on the working class dont fall for their lies. »
Sur le grand boulevard, les fresques côtoyaient des messages écrits par des organisations socialistes ou révolutionnaires actuelles. Le Bogside était encore aujourd’hui un symbole des luttes anti-coloniales et anti-impérialistes, qui dépassaient largement le contexte irlandais.
« Fight the rich – Feed the poor. »
« Victory to mass. »
Plusieurs œuvres exprimaient d’ailleurs leur solidarité avec le combat palestinien, en plein contexte d’invasion israélienne.



You are now entering Free Derry.
La peinture avait été réalisée illégalement en 1969 sur le flanc d’une maison. Elle servait d’abord à signaler l’entrée d’une zone irlandaise auto-proclamée où la police britannique ne pouvait pas pénétrer. Aujourd’hui, ce mur était le symbole le plus fort du Bogside, régulièrement repeint aux couleurs des luttes pour les droits civiques à travers le monde.
Les murs, ici, ne divisaient donc pas. Il portait les couleurs des colères sociales et de ses soulèvements à travers le monde. Aujourd’hui, l’histoire du Bogside était avant tout la nôtre.

Localisations
Quartier du Bogside 54.996202400080584, -7.329130790372746
Mur « You are now entering Free Derry » 54.99573186829571, -7.326797548611418
Musée de Free Derry (Derry, Royaume-Uni) 54.99712508131698, -7.32584006148607
Sources
Musée de Free Derry (Derry, Royaume-Uni)
Peacemakers Museum (Derry, Royaume-Uni)
« Ireland: A Television History », BBC, 2012
« Understanding Ireland’s solidarity with Palestine », Al Jazeera, 2024






