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Les chemins de fer oubliés d’Elbasan

Capitale Tirana

Langue Albanais

Alphabet Latin

Monnaie Lek

Fuseau horaire UTC+1/+2

Régime politique République parlementaire

Religion Islam sunnite

Transports Cars, bonnes routes pour les grands axes, peu de trains

La maxime imprimée en gros caractères rouges, et qui prenait toute la largeur du mur, était encore lisible. Dans le hangar de maintenance de l’ancienne gare d’Elbasan, la peinture avait résisté au temps. Elle rappelait que le terrible régime d’Enver Hoxha hantait encore la ville, ne voulant jamais lui accorder la paix, au point d’en pénétrer les murs avec une obsession viscérale. Dans l’ancienne gare, c’était comme si tout s’était effondré hier.

Après la Seconde guerre mondiale, un régime communiste autoritaire avait été mis en place par le PPSH (Parti du Travail d’Albanie) et par son Premier Secrétaire, Enver Hoxha. L’Albanie devenait l’un des pays les plus fermés du monde jusqu’à la mort d’Enver Hoxha en 1985.

Jusqu’en 1991, la propriété privée, y compris celle d’une voiture, était illégale. A l’inverse, le régime avait densifié le réseau ferroviaire pour les passagers et, surtout, pour le transport de marchandises et les déplacements militaires. Elbasan, ville minière au cœur du pays, devenait un centre ferroviaire capable de redistribuer les ressources nationales et d’entretenir les trains.

A la chute du régime, les activités industrielles et ferroviaires albanaises étaient technologiquement dépassées et isolées. La diversification de l’économie et l’ouverture au marché entraînaient le déclin d’Elbasan.

A l’extérieur, les plateformes elles-mêmes se devinaient entre les mauvaises herbes. Une vieille locomotive tchécoslovaque colorée était à quai. La gare était d’une puissance visuelle inédite, avec des lignes de fuite formées par des trains dont les lignes, elles, étaient arrêtées.

La plupart des trains était scellée, à l’exception de quelques vieilles rames à compartiments. Le réseau ferroviaire de l’Albanie communiste se dévoilait peu à peu.

Je ne m’aventurais cependant pas devant les portes des rames les plus lointaines, au pied desquelles des chiens semblaient monter la garde. Dans la grande loterie de ce que chaque train pouvait cacher, je tombais également sur un cheval au regard hagard.

Certaines rames plus récentes portaient des inscriptions en allemand. Comme ailleurs dans les Balkans, l’Albanie s’était tournée vers les trains de seconde main après la transition vers une économie de marché au début des années 1990.

Bitte nur mit gültiger Fahrkarte.

A la mort d’Hoxha, la privatisation de l’économie albanaise avait favorisé le marché automobile et accéléré l’abandon du réseau ferroviaire. Symboliquement, ce nouveau moyen de transport marquait aussi la fin de la violence du régime.

Aujourd’hui, la modernisation du rail albanais était à nouveau envisagée, cette fois-ci pour répondre aux problèmes de pollution auxquels le pays fait face.

Je rentrais à l’hostel en suivant les rails le long de la route nationale SH3. Pour les habitant.e.s, la voie ferrée semblait être devenue une sorte de promenade dédiée à l’errance volontaire, où chacun.e, y compris les poules, réfléchissait à sa propre existence.

Les trains desservaient de nombreux villages dans un pays principalement rurale. Je rentrais à Tirana en voiture et m’arrêtais dans le village de Papër. Par dessous la porte fermée de la petite station, un poster indiquait encore les horaires des départs. Pendant un instant, alors que la nuit tombait sur Papër, il me semblait presque entendre les trains d’Elbasan entrer dans la petite gare.


Localisations

Gare abandonnée d’Elbasan 41.104537886860186, 20.076000673576065

Elbasan Backpackers Hostel 41.12444371685097, 20.09883385232173

Sources

« No train to North Macedonia », Oneman-onemap, 2019

« En Albanie, les déchets de la dictature empoisonnent encore Elbasan », France24, 2025

« L’Albanie se remet sur les rails », Banque Européenne d’Investissement, 2025


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