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Tchernobyl… en Biélorussie !

Capitale Minsk

Langue Russe

Alphabet Cyrillique

Monnaie Rouble biélorusse

Fuseau horaire UTC+2/+3

Régime politique République présidentielle

Religion Christianisme orthodoxe

Ancien pays URSS

Transports Trains, voiture

Nous trouvions le calendrier détachable près d’une cheminée, dans une maison. Cette partie de la zone était accessible aux touristes pour la première fois. L’objet, qui contenait encore la page du jour de la catastrophe, avait une incroyable valeur.

Ce jour-là, pourtant, n’était devenu historique qu’à posteriori. Tout autour du réacteur, en Biélorussie et en Ukraine, l’évacuation n’avait commencé que plusieurs semaines plus tard.

Dans les écoles, les administrations, dans les cuisines et les salons, on avait célébré la Journée Internationale des Travailleurs du 1er mai et le Jour de la Victoire le 9 mai. Les deux grandes fêtes nationales se déroulaient, ironiquement, quelques jours après ce qui deviendrait l’un des plus grands chocs politiques de l’URSS.

La zone d’exclusion de Tchernobyl était le nom donné à un territoire militaire dont l’accès était restreint, également transformée en réserve naturelle après la catastrophe. Il dessinait un rayon de 30km autour du réacteur. L’ancienne centrale était située à quatre kilomètres de la frontière biélorusse. Depuis quelques années, la partie ukrainienne et sa fameuse ville Pripyat étaient devenues populaires sur les réseaux sociaux. En réalité, la zone couvrait 2600km² en Biélorussie et 2200km² en Ukraine.

Pour accéder au territoire, j’avais échangé quelques semaines plus tôt avec le guide biélorusse Peter Philon. Peter était un spécialiste du patrimoine abandonné de son pays. Je recommande largement ses visites, qui sont avant tout celles d’un passionné. Peter s’était donc chargé d’obtenir mon autorisation pour rentrer dans la zone. Nous montions dans un van de l’armée, escorté par deux militaires, et partions pour trois jours d’exploration.

La zone biélorusse était essentiellement rurale et couvrait 95 villages. Depuis les sentiers entretenus pour la circulation des véhicules de l’armée, les maisons étaient pour la plupart cachées par l’abondante végétation sauvage.

Le militaire avait arrêté le van et nous avait guidé jusqu’à une maison ; celle où il avait grandi. Il attrapait une pomme d’un arbre et la croquait. La scène aurait pu être biblique si le jardin n’avait pas été celui de Tchernobyl. De l’abondance des origines, il ne restait que des ruines atomisées.

« Это мои яблоки. »

Le militaire n’avait pas peur de manger les fruits qui avaient poussé dans l’arbre. De ce jardin, de toute manière, il en avait déjà été expulsé.

Nous entrions dans la maison de son ancienne professeure par la porte d’entrée grande ouverte, en marchant sur le verre brisé des fenêtres. Dans la cuisine, il y avait un vieux four traditionnel en briques. Sur une table, il y avait une publicité pour les cigarettes états-uniennes Lucky Strike. La perestroïka, qui avait initié l’exportation de biens de consommations des États-Unis, avait en effet été annoncée un an avant la catastrophe. Depuis l’évacuation, la zone n’avait plus été habitable. La plupart des anciens habitants n’étaient jamais revenue.

Dans la zone, les documents du quotidien avaient étrangement perdu leur sens ordinaire. Tout était devenu un « objet de Tchernobyl », encore englouti par l’ampleur de la catastrophe. Je trouvais un exemplaire du célèbre journal soviétique Правда (Pravda) qui datait du 6 avril 1986, et autre du Комсомольская Правда (Pravda du Komsomol), sa version jeunesse, qui datait du 15 avril 1986.

Dans un autre foyer, quelqu’un étudiait un manuel de « эканамічная геаграфія СССР » – de géographie économique de l’URSS. Et dans un autre, je découvrais un vieux passeport soviétique rédigé à la main.

Dans chaque école, j’étais frappé par les masques à gaz qui se dérobaient des plafonds ou des placards. En pleine période de Guerre froide, Peter m’expliquait que les établissements scolaires recevaient des consignes similaires pour prévenir les attaques nucléaires.

Le Parti Communiste infusait sa propagande dans les productions artistiques et les lieux culturels. Dans le cinéthéâtre, l’affiche disait :

Peter me montrait un panneau bleu à l’entrée du supermarché.

La politique de rationnement, qui semblait si ordinaire, témoignait de l’instabilité économique de l’URSS bien avant la catastrophe.

Il y avait encore, dans le bureau du vétérinaire, des médicaments pour les porcs. En Biélorussie soviétique, l’élevage de cochons était une activité économique répandue.

Le dernier jour, Peter me proposait de monter dans sa Lada – un vieux modèle produit en série en URSS – qu’il avait acheté pour faire vivre l’immersion soviétique. A l’arrière de sa voiture, je trouvais un atlas de 1960.

En Ukraine, la fameuse ville de Prypiat avait été construite en 1970 pour accueillir les ouvriers de la centrale. Celle-ci ouvrait en 1977. Sur l’atlas de Peter, ni Prypiat, ni Tchernobyl, n’existait encore.


Localisations

Zone d’exclusion biélorusse de Tchernobyl 51.61622477249302, 29.932804516481728

Sources

Exclusion_zone.belarus de Peter Philon (visite guidée)


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