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Retour du cosmos

Capitale Astana

Langue Kazakh / Russe

Alphabet Cyrillique

Monnaie Tenge

Fuseau horaire UTC+5

Régime politique République présidentielle

Religion Islam sunnite

Ancien pays URSS

Transports Réseau ferroviaire dense (notamment les trains de nuit), avions

Le roulement du train ralentissait et annonçait notre arrivée en gare. Sur la table de nuit, je regardais ma montre.

8h30.

Je soulevais le coin du rideau suspendu au-dessus de ma couchette. Les rayons du soleil perçaient les nuages pour venir caresser le sol presque lunaire de la steppe kazakhe, qui s’étendait autour de nous sur des centaines de kilomètres. Devant, des fumées industrielles flottaient au-dessus d’une gigantesque cheminée en béton.

C’était dans les steppes autour de notre train que les modules d’atterrissage des fusées Soyouz s’écrasaient, encore aujourd’hui, avec à leur bord les astronautes qui revenaient de l’espace. J’avais entendu parler de Jezqazğan en 2017, lorsque Thomas Pesquet y avait fait son premier retour sur Terre.

Pendant des années, j’avais imaginé cette ville comme une destination ultime, celle qui dépassait les limites du voyage terrestre et qui racontait des aventures cosmiques.

Je m’engageais dans la rue Satpaev qui s’enfonçait vers le centre-ville. Des immeubles colorés, caractéristiques des grands ensembles résidentiels soviétiques des années 1970, exhibaient leurs balcons angulaires et fermés de part et d’autre de la voie. Autour des trottoirs, la poussière des steppes donnait au sol une couleur beige sablé. Partout, les feuilles craquelaient sous l’effet du vent et s’enchevêtraient dans la végétation basse et aride. Les larges boulevards, héritiers de l’urbanisme stalinien, me semblaient exagérément grands pour une ville de moins de 100,000 habitants.

Des odeurs de métallurgies et de minerais se répandaient jusqu’ici, alors que le quartier industriel se situait à plusieurs kilomètres à l’est. Jezqazğan avait en effet été créée en 1938 pour accueillir les mineurs dont la tâche serait d’extraire le cuivre des sols de la région.

Rien dans cette ville n’avait échappé au gigantisme de l’ambition soviétique. Au bord du réservoir d’eau de Kengir, une impressionnante réplique d’un Soyouz se détachait dans le ciel, surélevée par une colonne de béton de plusieurs mètres. Un avion de chasse soviétique, quant à lui bien réel, semblait déchirer l’atmosphère en pivotant autour du vaisseau. Je me préparais presque à sentir la terre trembler sous le vrombissement des quatre propulseurs de l’engin spatial.

Le colosse de béton détonnait pourtant dans un paysage naturel complètement figé. La pesanteur, ici, venait du silence presque total. L’eau du réservoir, cernée de toute part, ne se muait que sous l’effet du vent.

Réalisé en 1977, l’immanquable monument rappelait que c’était dans le ciel kazakh que l’humanité avait dépassé les limites terrestres. En 1957, Youri Gagarine décollait en effet depuis le cosmodrome de Baïkonour, à tout juste 400 kilomètres de Jezqazğan, et devenait le pionnier du voyage dans l’espace.

Le monument des Conquérants de l’Espace se dressait dans la continuité du boulevard des Cosmonautes, qui traversait le centre-ville d’est en ouest. L’artère faisait 100 mètres de large et était divisée en deux par le parc des Astronautes. Elle rendait hommage aux voyageurs de l’espace qui décollaient du centre spatial de Baïkonour. Pour la plupart, encore aujourd’hui, Jezqazğan était leur première destination après leur retour sur Terre. En décembre 2025, la ville avait dernièrement accueilli les trois astronautes Jonny Kim, Sergey Ryzhikov et Alexey Zubritskyr, qui avaient atterri dans la steppe à bord du Soyouz MS-27.

Des symboles triangulaires et des étoiles représentaient de manière plus ou moins figurative la course à l’espace. Ils ponctuaient tout le long de l’avenue, comme pour lui donner une signature visuelle unique.

Partout en URSS, des mosaïques exposaient, sur les façades, les idéaux, les héros et les mythes fondateurs de l’Union. Une œuvre du visage de Gagarine, reconnaissable par son asymétrie capillaire, recouvrait à elle seule un mur de cinq étages. A l’angle d’un supermarché, une deuxième mosaïque plus discrète représentait un cosmonaute tourné vers le ciel avec ambition. Trente-quatre ans après la chute de l’URSS, la simple illustration d’un cosmonaute anonyme suffisait toujours à inspirer, sans équivoque, l’héroïsme de la conquête spatiale soviétique.

L’après-midi, j’avais traversé la ville pour retrouver un camp de travail abandonné mis en place sous l’URSS de Staline. Jezqazğan avait en effet été tristement célèbre pour être le cœur administratif des Steplags, camps de déportation des prisonniers politiques.

La nuit tombait et je surveillais l’heure pour ne pas manquer mon train de nuit – sans toutefois vouloir réellement quitter la ville. Je décidais de parcourir une dernière fois le boulevard des Cosmonautes puis de suivre, dans son prolongement, la rue Baïkonour pour retourner à la gare.

Sur un flanc de mur, une sorte de mosaïque réalisée en 1967 célébrait cinquante ans de progrès aérospatiaux du régime communiste. L’œuvre était étonnement plus figurative que les mosaïques soviétiques classiques. Elle avait malheureusement été recouverte d’une peinture jaune uniforme qui en masquait les détails. En bas à droite, le manche de la fameuse faucille s’allongeait pour devenir la trajectoire d’une fusée. Le ciel s’assombrissait, et je contemplais cette gigantesque mosaïque qui représentait une Internationale aux aspirations… cosmiques ?


Localisations

Monument des Conquérants de l’Espace 47.79937160531315, 67.7187235475829

Boulevard des Cosmonautes 47.79971372138475, 67.70855189509848

Mosaïque « Youri Gagarine » 47.80057149967982, 67.70265107155991

Mosaïque « Cosmonaute » 47.8005461296832, 67.70676869060078

Mosaïque « 1917-1967 » 47.80071209111312, 67.69955375077537

Sources

« History of Zhezkazgan », Kupi

« Zhezkazgan: Kazakhstan’s Hub of Industry and History », The Astana Times, 2024

« “Hello to the cosmos.” How to surprise Zhezkazgan tourists », CityPass Astana, 2022

« NASA Astronaut Jonny Kim, Crewmates Return from Space Station », NASA, 2025

« Monument to the Conquerors of Space, (1977), Dzhezkazgan, Kazakh SSR. Artist: L. Pak, Architect: K. Turlybaev, Sculptor: N. Andreev », Comradegallery, Reddit, 2025


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