Capitale Sarajevo
Langue Bosnien-Croate-Monténégrin-Serbe
Alphabet Latin / Cyrillique
Monnaie Mark convertible
Fuseau horaire UTC+1/+2
Régime politique République fédérale parlementaire (présidence tripartite)
Religion Islam sunnite / Christianisme orthodoxe / Christianisme catholique
Ancien pays Yougoslavie
Transports Petit pays avec un bon réseau de trains, de cars et de bonnes routes
Un matin à Sarajevo, un nouveau graffiti avait été réalisé, illégalement, sous un tunnel de la rue Tekija-Čikma. Beaucoup d’œuvres murales, dans le pays, racontaient la guerre et le génocide. Celle-ci me frappait. Elle reprenait l’iconographie des Jeux Olympiques. Fallait-il y voir une référence aux Jeux d’hiver de Sarajevo de 1984, auxquels les serbes et bosniaques, dix ans avant la guerre, avaient participé sous le même drapeau yougoslave ?
La guerre et le génocide
En juillet 1995, 8372 musulmans étaient tués à Srebrenica, à l’ouest du pays, par l’armée serbe de Bosnie-Herzégovine. La mémoire du génocide de Srebrenica, dans tout le pays, était encore très vive.
Avant 1992, la Bosnie-Herzégovine faisait partie de la Yougoslavie. Sur le petit territoire, trois ethnies cohabitaient : les Bosniaques (Bosniens musulmans), les Serbes et les Croates.
Après la mort de Tito en 1980, le pouvoir centralisateur yougoslave s’était affaibli et posait la question de la formation d’Etats indépendants. Ces débats avaient suscité l’émergence de discours nationalistes, notamment serbes, car la Serbie centralisait le pouvoir yougoslave.
En 1992, l’indépendance était votée par un référendum boycotté par les Serbes de Bosnie-Herzégovine. L’armée serbe du pays, ainsi que l’armée yougoslave, se formaient contre le nouvel état bosnien.
En Bosnie-Herzégovine, la guerre s’était terminée en 1995. Elle est encore présente partout : dans les récits individuels, dans les musées, dans les impacts de balles sur les murs.

Les Jeux Olympiques
A Sarajevo, les Jeux de 1984 étaient encore régulièrement représentés en miroir avec la guerre. Les images télévisées de l’unité yougoslave avaient en effet été en rupture radicale avec celles du génocide, une décennie plus tard.
Sous le tunnel, l’artiste avait donc peint trois tireurs qui semblaient chercher à abattre deux personnages en fuite. Les personnages étaient représentés selon les codes graphiques des Jeux Olympiques. L’ensemble était donc ambigu, et pouvait évoquer, plus innocemment, des disciplines sportives. Le passant pouvait choisir de ne voir que les Jeux.

Des tickets des Jeux Olympiques et leurs pictogrammes, au Musée des Jeux Olympiques
La couleur vert kaki de l’arrière-plan était également celle du cœur de la fleur de Srebrenica, qui symbolisait aujourd’hui le génocide. Cette couleur me faisait également penser au vert de l’islam, de l’armée ou des maquis qui avaient été le théâtre des exécutions.

La fleur de Srebrenica à Sarajevo
La représentation minimaliste des anneaux olympiques évoquait forcément, pour quiconque aurait passé du temps à Sarajevo, des barbelés. L’iconographie de ces derniers était présente dans de nombreuses œuvres.
Personnellement, elle me rappelait un ensemble d’affiches créées par le collectif d’artistes bosniens TRIO (formé par Lejla Mulabegovic, Dalida et Bojan Hadžihalilović). Je les avais vues lors d’une exposition à la Galerija 11/07/95, l’un des musées de Sarajevo dédié à la mémoire de Srebrenica. Elle me rappelait aussi la couverture du Time de 1992, premier magazine à avoir documenté les camps de concentration dès le début de la guerre.




Des œuvres de TRIO
(crédit. TRIO, « Museum in Exile »)

La couverture du Time en 1992
(crédit. Time, août 1992)
Le sort de certaines infrastructures olympiques était d’ailleurs devenu funèbre. Au mont Igman, le podium du saut à ski avait été converti en mur d’exécution. Une rénovation récente avait permis de lui rendre son humanité. Les tremplins étaient, quant à eux, toujours marqués par les balles et les obus.

Le podium de saut à ski avant la rénovation
(crédits. Hedwig Klawuttke, Wikipedia: « Igman Olympic jumps »)

En 2020, le podium rénové du saut à ski

Localisations
Graffiti de la rue (recouvert) 43.85731861119057, 18.426035198255203
Piste de saut à ski abandonnée 43.76835315500192, 18.245720897331598
Galerija 11/07/95 43.85943375906049, 18.42570671679371
Musée des Jeux Olympiques (nouveau lieu) (Sarajevo, Bosnie-Herzégovine) 43.860369560547014, 18.422746628511153
Sources
Galerija 11/07/95 (Sarajevo, Bosnie-Herzégovine)
Mémorial du génocide de Srebrenica (Srebrenica, Bosnie-Herzégovine)
Museum of Crimes Against Humanity and Genocide (Sarajevo, Bosnie-Herzégovine)
Museum of War and Genocide Victims (Mostar, Bosnie-Herzégovine)
Musée des Jeux Olympiques (Sarajevo, Bosnie-Herzégovine)
Time, 1992










